Naviguer, commercer, transformer : la Meuse au cœur de l’histoire davoise – CJ132
La Meuse à Dave d’Albert Dandoy (1929)
À partir du 14 avril 2026, le Musée de la Tour d’Anhaive accueille l’exposition temporaire intitulée Pays de Dave. Rendant hommage à la revue du même nom, celle-ci explore différentes facettes de l’histoire de ce village de la vallée mosane. En parallèle à ce rendez-vous, est publié l’Abécédaire du Pays de Dave qui regroupe des articles qui ont marqué les trente années de parution de la revue. Il est en vente au Syndicat d’initiative de Jambes ainsi qu’au Musée de la Tour d’Anhaive dès ce 14 avril.
Pour l’occasion, la rubrique Art et Patrimoine du Côté Jambes explore un aspect de la vie et du patrimoine davois·e. Pour ce 132e numéro, Art et Patrimoine vous emmène le long de la Meuse, ce fleuve qui a marqué la localité de son empreinte.
Fleuve international, la Meuse prend sa source en France, au pied du plateau de Langres, avant de poursuivre son parcours jusqu’à son embouchure dans la mer du Nord. Au fil des siècles, les localités établies sur ses rives ont vu leur destin intimement lié à celui de son courant. La vallée mosane a tiré parti de cette voie d’eau pour soutenir son développement industriel. Dès le Moyen Âge, le trafic qui l’animait rivalisait avec celui de la Seine et du Rhin. À l’image de bien d’autres agglomérations mosanes, le village de Dave a construit son histoire au rythme de la Meuse. Les évolutions des techniques de pêche, les transformations du transport fluvial ou encore l’aménagement des berges et des écluses ont profondément marqué la vie locale.
À l’image de bien d’autres agglomérations mosanes, Dave a construit son histoire au rythme de la Meuse. Les évolutions des techniques de pêche, les transformations du transport fluvial ou encore l’aménagement des berges et des écluses ont profondément marqué la vie locale.
Aujourd’hui, péniches, yachts à moteurs et voiliers contribuent au charme du paysage que de nombreux·ses peintres ont immortalisé. Autrefois, la navigation intérieure était soutenue. À l’époque médiévale, les routes terrestres étaient rares et peu praticables ; les cours d’eau offraient alors une alternative plus sûre et efficace. Au XIVe siècle, un service de barques, appelées « Franke-Nef » ou « Franche-Nef » , assuraient la liaison entre Namur et Huy, ainsi qu’entre Namur et Dinant, transportant notamment des produits maraîchers. Les embarcations de l’époque différaient sensiblement de celles d’aujourd’hui : leur fond plat s’adaptait à un niveau d’eau bien plus bas que celui que nous connaissons aujourd’hui, avant que l’aménagement progressif des berges et des écluses n’en élève le cours.e lien privilégié qui unit le village à la Meuse.
La pointe de l’île était traversée par les voyageur·euse·s empruntant les barques du passeur d’eau.
Un voilier sur la Meuse à hauteur de Dave (année inconnue)
Les voies navigables sont employées aux transports des personnes et des marchandises, mais également à d’autres fins. Avec le développement du service postal à partir du XVIIIe siècle, le courrier empruntait lui aussi la voie d’eau pour parvenir à destination.
La Meuse fut également un axe stratégique en période de conflit.
Lors du siège de Namur en 1692, le génie militaire français établit un pont provisoire sur bateaux entre Wépion et Dave, à hauteur des rochers du Néviau. C’est encore par le fleuve que furent transportées, depuis Givet, les matériaux nécessaires à la reconstruction de la citadelle de Namur selon les plans de Vauban.
Le XIXe siècle marque une étape décisive dans l’aménagement du fleuve mosan. À partir de 1840, l’ingénieur Hippolyte Guillery reçoit la mission de normaliser le cours de la Meuse, afin de remédier aux difficultés causées par les variations de profondeur et la vitesse du courant. Ces travaux d’aménagement répondent aux besoins croissants des entreprises de transformation, telle la société Cockerill, autorisée dès 1837 à exploiter un service de bateaux à vapeur entre Namur et Dinant.
À Dave, un port fluvial est construit sur le bras droit de l’île, facilitant l’exportation des ressources locales (charbon de bois, écorces…) vers les localités voisines (comme Yvoir et Dinant), mais aussi vers des destinations plus lointaines. Dans les années 1850, le ministère des Travaux publics procède à l’approfondissement d’une partie du bras droit de l’île afin d’améliorer l’accès au port en périodes de basses eaux. Toutefois, ces aménagements modifient les habitudes locales : les agriculteur·rice·s cultivant les terres sur l’île ne peuvent plus franchir le gué avec leurs charrettes et deviennent tributaires des services du passeur d’eau.
Face à l’intensification du trafic, les autorités instaurent une réglementation de la navigation. Ainsi, les passeurs d’eau, tel que celui assurant la liaison entre Dave et Wépion, doivent respecter diverses règles. À Dave, la configuration particulière du fleuve impose au passeur d’eau l’usage de deux barques, une pour chaque bras formé par l’île, les voyageur·euse·s traversant à pied la pointe de celle-ci.
Le XIXe siècle voit également l’essor des loisirs nautiques. La voile, notamment, attire de nouveaux adeptes qui viennent s’ajouter aux usager·ère·s traditionnel·le·s du fleuve. Dès 1860, un cercle nautique de l’Entre-Sambre-et-Meuse est fondé sous l’impulsion de Félicien Rops et de ses ami·e·s. Le cercle de voile de Dave, quant à lui, ne verra le jour qu’en 1971, prolongeant ainsi le lien privilégié qui unit le village à la Meuse.
2. RONVAUX, M., Namur à la croisée des chemins, dans WATELET, M., et al., Au milieu du monde. Namur, cartes et plans (XVIe – XXIe siècle), Namur, 2015, p. 20 (Monographies du TreM.a, 68).