À Anhaive les expositions se suivent mais ne se ressemblent pas. Depuis l’ouverture de ce lieu admirable, propriété de la Fondation Roi Baudouin, le Comité de Direction du Syndicat d’Initiative et du Centre d’Archéologie, d’Art et d’Histoire de Jambes s’est fixé comme objectif de mettre régulièrement en valeur un musée de Namur. En 2006, nous avons commencé par le Musée diocésain et aujourd’hui, c’est au tour du Musée africain. Les autres aurons leur tour.

Avant de vous présenter les collections sélectionnées, je souhaite faire un peu d’histoire. En effet, le Musée africain de Namur, c’est aussi, faut-il le rappeler, une histoire jamboise.

Suite à la grande aventure coloniale de Léopold II, beaucoup de Namurois se lancent dans les campagnes du grand roi. Certains y laissent leur vie. Les rescapés ressentent le besoin de se grouper en association. En 1910, voit le jour la Société d’Études d’Intérêts Coloniaux qui devient en 1938 le Cercle Colonial Namurois.

L’idée de rassembler des collections africaines remonte à 1912, époque où quelques vitrines prennent place dans la grande halle de la Bourse aux grains, près de l’ancien hôtel de ville. Ce premier musée est l’œuvre de MM. Rhodius, Hachez et Devaux. Malheureusement, le bombardement d’août 1914 réduit à néant toutes les collections. Après la guerre, s’organise une grande exposition coloniale dont le retentissement sera très important. Dans la foulée, quelques anciens d’Afrique créent le Musée Colonial Scolaire dans les greniers de l’Athénée royal de Namur. Ce musée est à l’origine de la fondation du Musée National d’Art Africain par MM. Nepper, Gérard et Stinglhamber. Ce musée est installé dans une école désaffectée au confluent de la Sambre et de la Meuse. Une nouvelle fois les collections sont détruites lors du second conflit mondial.

Les anciens coloniaux se mobilisent à nouveau et négocient avec les autorités communales jamboises. Le 23 juin 1951, sous l’impulsion de Fernand Prinz, vice-président du Cercle Colonial Namurois, est inauguré dans les locaux de l’école des garçons de Jambes un Musée Colonial Scolaire. Lors de l’inauguration, Fernand Prinz, président-fondateur du musée, explique que le but est de rendre service à tous ceux que la Colonie intéresse, en premier lieu au corps enseignant, à la jeunesse des écoles : voilà ce qui importe. C’est que le Congo a évolué, qu’il est en continuelle transformation.

Le musée déménage en 1955 dans des locaux scolaires du parc Reine Astrid. Jusqu’en 1977, le musée poursuit ses activités sous le nom de Musée Colonial de Jambes. L’administration communale doit reprendre les locaux affectés au musée, en 1977, et les collections sont entreposées dans différents lieux dans l’attente d’une solution. Sept ans plus tard, soit en 1984, des locaux sont libres à Namur et le musée s’installe dans le corps de garde de l’ancienne caserne Léopold. L’inauguration officielle se déroule en présence du Ministre des Travaux publics, M. Louis Olivier, le 6 avril 1985. Le musée porte depuis le nom de Musée Africain de Namur.

Venons-en maintenant aux collections présentées dans cette exposition. D’autres personnes certes plus expertes que moi en matière d’Art africain  auraient pu vous présenter cette exposition. Je songe tout naturellement à mon collègue et ami, M. Jacques Jeanmart, Conservateur du Musée diocésain mais aussi  fin connaisseur de l’Afrique.

L’exposition se décline en plusieurs thèmes.

Dans la première salle :

– les armes : derrière ces armes se cachent deux concepts étroitement liés, « prestige » et « mort ». Ces armes sont d’abord des pièces de prestige avant d’être des instruments de mort. Le travil du forgeron est très soigné. La forme de couteau de jet est impressionnante. Ce n’est pas étonnant que beaucoup d’artistes du XXe siècle aient  été attirés par ces objets où prestige et mort sont liés.

Le carquois avec son arc et ses flèches des pygmées Twa constitue une exception. Chez eux le respect de la vie est primordial. S’ils tuent, c’est pour survivre. Le chasseur dot d’ailleurs demander pardon à l’animal avant de l’achever.

– la musique et la danse : par ces pratiques, on entre en communication avec les esprits et les     masques en sont un élément clé.

Dans la seconde salle :

la série des coupes, gobelets, chopes anthropomorphes  fait comprendre la diversité d’inspiration et de caractéristiques ethniques. 

les bijoux et autres ornements corporels soulignent aussi la grande importance de la présentation de soi aux autres. C’est flagrant dans les éléments métalliques surdimensionnés  (par exemple la jambière). La valeur d’une personne tient à ce que les autres voient d’elle et non à l’habitat.

               Voilà brossé à grandes lignes les axes de cette exposition. Elle est complétée par la projection de films rassemblés par l’a.s.b.l. Mémoire du Congo, partenaire de l’exposition. Je signale au passage un très beau film de Claude Charlier consacré aux deux écoles de peinture du Congo. À voir avec délectation !

Je passe maintenant la parole à Monsieur Jean-Paul Rousseau, Président du Musée africain de Namur, qui va vous livrer ses impressions. Néanmoins, je suis porteur d’un message à son adresse. En effet, le personnel du Musée provincial des Arts anciens du Namurois et celui du Syndicat d’Initiative de Jambes souhaiteraient  que lui soit expliqué et décrit le « pagne » que portaient les chefs de villages. J’ai moi-même tenté d’apporter des explications en termes choisis mais je n’ai pas été compris. Dès lors, je laisse la parole à un véritable spécialiste.